Les 21 & 22 mai 2011 à Saint-Remy-La-Calonne,
Printemps du Grand Meaulnes

         

NOUVEAU : PARU EN 2006 AUX EDITIONS SERPENOISES
Frédéric Adam est archéologue en Lorraine et a eu en 1991
la responsabilité de la fouille de la sépulture contenant les corps des 21 soldats.

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(1) La Querelle de la Fidélité par Edmond Michelet, Editions Fayard. 1971

(2) Le 2 septembre 1914. L'auteur du Grand Meaulnes envoyait cette carte postale. Ma dernière à Isabelle : "Je reçois bien tes lettres, ma chère Isabelle. Certaines me sont même parvenues au milieu du combat Je suis en excellente santé J'espère me rapprocher de Jacques avant peu. Je suis maintenant attaché à l'Etat-Major à cheval J'ai grande confiance dans l'issue de la guerre. Priez Dieu pour nous tous Et ayez confiance aussi Longuement, tendrement, je te serre avec ta Jacqueline dans mes bras.

Ton frère Henri...
"

Il ignorait évidemment que Jacques, son beau-frère, était "porté disparu" depuis le 24 août. Le texte precédemment cité est un extrait des lettres d'Alain-Fournier à sa famille (1905-1914), avec un avant propos d'lsabelle Rivière.

(3) Isabelle Rivière écrivit : "Il y eut dans les journaux le récit de l'affaire sous ce titre mensonger : Mort d'un jeune professeur morphinomane, et les demarches obstinées d'Henri appuyées du témoignage de tous ceux qui avaient connu Bichet, de celui du médecin légiste lui-même, ne purent obtenir nulle part l'insertion d'une rectification (note d'lsabelle Rivière dans les Lettres au Petit B. d'Alain-Fournier).

(4) Alain Rivière s'occupe maintenant du secrétariat général de l'A.J.R.A F (association des amis de Jacques Rivière et Alain Fournier) qui publie une brochure très intéressante :

Bulletin des Amis de Jacques Rivière et d'Alain-Fournier
créé en 1975, trimestriel

Éditeur : Association des Amis de Jacques Rivière et d'Alain-Fournier

Rédaction : 31, rue Arthur-Petit
F-78220 Viroflay

Administration : Michel Baranger 21, allée Père Julien Dhuit F-75020 Paris 60 p. env.
Prix au n° : 70 F env.

Abonnement : 55 F (étudiant) à 155 F (membre actif)

Diffusion/Distribution : Association des Amis de Jacques Rivière et d'Alain-Fournier
ISSN : 0395-0484

Site internet :
www.legrandmeaulnes.com

 

 

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 .  .  A l a i n - Fo u r n i e r .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .

 

 .  .  .  . P r o p o s  d e  J a c q u e s  R i v i è r e   .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .

« Fournier tomba, frappé au front, m'a affirmé un homme qui était près de lui.

Longtemps le mystère régna sur cet engagement et les histoires tantôt les plus encourageantes, tantôt les plus horribles circulèrent dans la troupe sur le sort des disparus. On crut que Fournier avait été seulement blessé et recueilli par l'ennemi. La fin de la guerre a cruellement détruit ce dernier espoir.

J'ai refait à pied, en 1919, la dure dernière étape sur cette terre de mon ami. Pays affreux, sur lequel pesait, en ce moment, -je ne sais s'il s'est ranimé depuis- une solitude vraiment monstrueuse. De Ranzières, sans rencontrer une âme, j'ai gagné Vaux-les-Palameix, rasé, enlevé par la guerre, comme on cueille un chardon avec un couteau, du vallon où il était tapi; je me suis assis longtemps sur une pierre plate, près du ruisseau, seul murmure en ce désert. J'ai monté la longue côte qui longe le Bois Bouchot, entre les arbres décharnés, épointés, noircis. Mais plus loin, toute la végétation avait repris et couvrait déjà les petits cimetières allemands, pleins de grenades, où s'effaçaient des noms: "Ein französischer Krieger", ou même: "Ein französischer Held", découvrais-je çà et là, mais pas une date qui fût antérieure à décembre 1914. Plus loin une ville de tôle ondulée, -les cadres de bois, à l'intérieur, qui servaient de lits, tous pourris et moussus déjà. Dans le talus même de la route, I'entrée de profonds abris, mais effondrés. Et tout seul, dans un taillis, par quel miracle échoué là ? Tout à coup un vieux coupé de louage, épave dérisoire.

Plus loin encore, à la lisière des bois, au bord de la pente qui descend vers St-Remy, dans les parages où Fournier a dû tomber, sur les anciennes positions allemandes, les Américains, en 18, avaient campé. Conserves et brochures, du linge abandonné : une voie de soixante sinuait entre les buissons sournoisement ; près d'un gros tas d'obus, un crâne de cheval tout blanchi; des croix par-ci par-là au pied des arbres, d'autres sur le versant découvert de la colline, comme de petites barques en peine, traînant un lourd filet, mais qui peu à peu, dans la terre, s'allège. Une paix cependant, désolante, infinie... Le vent berçait les arbres ; une odeur de fraises me venait. Devant des baraques en bois, alignées droit comme dans un ranch, des chaises restaient debout en plein air (...) ».

Jacques Rivière  

 

     

 .  .  .  . P r o p o s  d e  M a r c e l  C o r d i e r    .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .

 

Article de Marcel Cordier
publié dans « Découvrez, un guide historique, touristique et fantastique : Côtes de Meuse »

Publication du Parc Naturel Régional de Lorraine, 1980.

Alors qu'on célèbrait le trente-et-unième anniversaire de l'Appel du 18 juin une grande âme quittait ce monde, rappelée par son Dieu. "Soeur de l'écrivain Alain-Fournier, auteur du Grand Meaulnes, Madame Isabelle Rivière est décédée à Dourgne (Tarn), à l'âge de 81 ans". Ce simple entrefilet, paru dans les journaux du 22 Juin 1971 n'était pas sans attrister les nombreux amis que comptaient la Grande Dame, dans notre région comme dans le monde entier. Avec elle disparaissait la soeur du romancier de l'adolescence éternelle, I'épouse d'un écrivain très appréciable et l'un des derniers témoins de "cet extraordinaire avant-guerre" évoqué par Edmond Michelet (1)

Alain-Fournier (demi-pseudonyme de Henri Fournier - dont il ne faut pas oublier le trait d'union -) est mort en terre lorraine (...).

Heureux ceux qui sont morts dans les grandes batailles
Couchés dessus le sol à la face de Dieu,
Heureux ceux qui sont morts sur le dernier haut lieu...

C'est en 1913 que Charles Péguy écrivait ces vers prophétiques. Lui-même tombera en Seine-et-Marne, le 5 septembre 1914, quelques jours avant son ami Alain-Fournier. La troisième grande victime de ce début du conflit sera, le 8 avril 1915, I'instituteur franc-comtois Louis Pergaud, auteur de La Guerre des Boutons paru en 1912 (2).

Monsieur et Madame Fournier étaient instituteurs dans le Cher. Leurs deux enfants sont nés à la Chapelle-d'Angillon : Henri, le 3 octobre 1886 ; Isabelle, le 16 juillet 1889. Après avoir passé leurs baccalauréats en province, ils poursuivront leurs études à Paris. Au Iycée Lakanal, Henri, qui veut enseigner les Lettres (I'anglais), a pour camarade Jacques Rivière, d'origine bordelaise. Une amitié profonde va bientôt se nouer entre les deux garçons. Le 1er juin 1905, Henri rencontre "la belle jeune fille" qui deviendra Yvonne de Galais dans le célèbre roman dédié à sa soeur, sa "chère petite Isabelle". Le 24 août 1909, celle-ci épouse Jacques Rivière. Le trio exceptionnel se mêle à la vie littéraire et artistique non moins extraordinaire - de cette période de l'avant guerre qui est aussi celle de "I'Avant-Garde". Le Grand Meaulnes symbolise bien la recherche idéale de la pureté, de la vérité et du bonheur à laquelle s'est lancée toute une partie de la jeunesse qui bientôt, malheureusement, sera fauchée par la mitraille... André Gide, entre autres, auquel est dédié le Rimbaud de Jacques Rivière, vient de fonder la N.R.F. (Nouvelle Revue Française). Avant d'en assumer lui-même la direction après la guerre, Jacques Rivière en est le secrétaire dès 1911, année de la naissance de Jacqueline dont Henri est le parrain. Isabelle seconde son mari dans ses activités de rédacteur et de critique. L'année suivante tous trois sont particulièrement affectés par le décès accidentel d'un ami commun, le "petit B.", un brillant agrégé de 25 ans : René Bichet venait de mourrir, bêtement, à la suite d'une piqûre de morphine faite par jeu au sortir d'une fête des Anciens Eièves de Normale". (3)

Arrive 1913, une année littéraire très riche : Alain-Fournier publie Le Grand Meaulnes ; Apollinaire : Alcools ; Barrès : Le grand Lorrain député de Paris - La Colline Inspirée ; Péguy : Eve ; Proust : Du côté de chez Swann (premier volume de A la recherche du Temps Perdu)... Autant de titres, autant de livres quasi "mystiques" qui traduisent de manières différentes, la soif d'Absolu qui tourmentait la génération de nos grands-parents. Bernanos, Bergson, Claudel, Gide, Jaurès, Raïssa et Jacques Maritain, Maurras et bien d'autres sont toujours là. Quelle chance d'avoir vingt ans à une telle époque ! Le lieutenant de Gaulle (Isabelle Rivière mourra un 18 juin...) en a vingt-trois, lui dont Michel Droit écrivait: « Il n'est pas impossible que les seuls maîtres qu'il se soit donnés aient été des écrivains » (Figaro du 11.11.1970), lui, le grand Charles-Meaulnes, qui épousera, huit ans plus tard, une Yvonne... de Calais. Après la tempête de 14-18, après le retour de captivité de son mari, Isabelle Rivière, en 1920, est mère d'un petit garçon. On le prénommera Alain, en souvenir de son oncle. Puis la voici veuve à 35 ans ; Jacques avait préfacé Miracles, Oeuvre posthume de son beau-frère, et venait d'écrire A la trace de Dieu. Elle enseignera à l'Alliance Française de 1925 à 1929, date à laquelle sa fille Jacqueline entre en religion (à l'Abbaye Sainte Scholastique). Dès lors Isabelle Rivière se consacre à la mémoire de son frère et de son mari. Elle publie leur correspondance et leurs inédits. Elle rédige ses propres souvenirs (Images d'Alain-Fournier, 1938, Vie et Passion d'Alain-Fournier, 1963). On lui doit aussi, entre autres, un roman autobiographique couronné par l'Académie française, Le Bouquet de roses rouges (1935) (...). Dès 1937, Isabelle Rivière avait quitté Paris et s'était installée dans le Tarn, à Dourgne - où elle est morte -, près de ses enfants : Alain comme sa soeur, venait d'entrer dans les ordres, à En Calcat (4). Elle eut la douleur de perdre sa fille sept ans plus tard. C'est d'elle surtout qu'elle me parla un soir d'août 1967. De temps en temps, elle revenait passer quelques jours à la Chapelle d'Angillon, dans la maison natale de son frère - la sienne aussi - J'eus la chance de l'y trouver. Intérieur très simple qu'envahissait lentement l'obscurité. Sur la cheminée deux photos : celle d'Henri et celle de Jacques. Dans son coeur il y en avait une de plus, celle de Jacqueline".

« Il faudrait écrire un livre sur ces trois saints », me dit-elle. Et elle évoqua longuement le souvenir de la religieuse. Auparavant la conversation s'était tout naturellement portée sur Alain-Fournier. J'étais Lorrain ; elle fit allusion aux Eparges, à ses recherches vaines. On parla ensuite des débuts de la NRF, de la liaison de son frère avec l'actrice Simone "I'incarnation du diable", - du film que venait de tourner JG Albicocco et dont elle avait personnellement surveillé la réalisation. Elle y figurait même -...

Je lui posai deux questions de détails, importantes me semblait-elle, et qui me chagrinaient. Elles avaient trait à la troisième partie du Grand Meaulnes :
« Au chapitre 4, François Seurel apporte "la grande nouvelle" à Augustin. Il le trouve dans la salle de la Mairie de "La Forté d'Angillon". En train d'écrire ; et, nous dit-il, le Grand Meauines trempait sa plume "au fond d'un encrier de faïence démodé, en forme de coeur"... Cet encrier est symbolique n'est-ce pas ?

- Pas du tout me répondit Isabelle Rivière, je l'ai toujours. »

Et la vieille dame aux cheveux blancs, en s'aidant de sa canne, alla me chercher l'objet qu'utilisait Alain-Fournier, effectivement en forme de coeur, et dont les morceaux avaient été recollés après une chute malencontreuse. L'objet réel, mais tellement symbolique aussi...

« Au chapitre 12, questionnai-je encore, Yvonne de Galais va mourir. "Elle voulut faire un effort pour me dire quelque chose, me demander je ne sais quoi, elle tourna les yeux vers moi, puis vers la fenêtre, comme pour me faire signe d'aller dehors chercher Quelqu'un..." Ce "Quelqu'un" avec une majuscule, ne serait-ce pas ce Dieu que votre frère avait trouvé mais qu'il cherchait sans cesse ?

- Non, je ne crois pas. Pour la petite Yvonne de Galais, le Grand Meaulnes était Quelqu'un, un être exceptionnel, un dieu si vous voulez. »

J'étais à moitié satisfait de la réponse.


En tout cas, le 18 juin 1971, sans aucun doute, Quelqu'un... attendait Isabelle Rivière.

  Marcel CORDIER